Slow life

Sobriété dans la consommation et humilité dans l'action

hamac

L’éthique oc­ci­den­tale du tra­vail, qui ne to­lère le loi­sir ou le re­pos que s’il sert à ac­croître l’efficacité au tra­vail, nous pousse à une hy­per­ac­ti­vité per­ma­nente qui nous sin­gu­la­rise des autres grands singes et nous rap­proche des sou­ris de la­bo­ra­toire sous LSD. Dans le mé­ca­nisme de la so­ciété mer­can­tile, cette hy­per­ac­ti­vité marche la main dans la main avec notre bou­li­mie de consom­ma­tion, culmi­nant avec le “tra­vailler plus pour ga­gner plus”.

La sim­pli­cité vo­lon­taire s’attache à apai­ser notre ap­pé­tit de consom­ma­tion, ce qui nous per­met en­suite en théo­rie de ré­duire notre temps de tra­vail. Es­sen­tiel­le­ment, il s’agit de prendre la maxime sar­ko­zienne à re­bours et de “consom­mer moins pour tra­vailler moins”. C’est ainsi qu’en rai­son­nant ma consom­ma­tion j’ai pu ré­duire de moi­tié mon temps de tra­vail en cinq ans.

Mais il y a un piège : il ne faut pas croire qu’on re­tombe na­tu­rel­le­ment à un rythme d’activité apaisé une fois am­pu­tée la né­ces­sité fi­nan­cière qui pousse à tra­vailler comme des for­çats. Il suf­fit d’écouter ces jeunes re­trai­tés qui disent n’avoir plus une mi­nute à eux. En fait, notre condi­tion­ne­ment à l’éthique du tra­vail nous conduit sou­vent à “ren­ta­bi­li­ser” le temps li­béré, et à le rem­plir pe­tit à pe­tit jusqu’à sa­tu­ra­tion. Comme si notre bou­li­mie d’achats se muait en bou­li­mie d’action. Rares sont ceux qui ar­rivent à conju­guer l’expression “sim­pli­cité vo­lon­taire” jusque dans leur rythme de vie. Je ne fais pas ex­cep­tion, et je me trouve ac­tuel­le­ment dans un tun­nel de tra­vail dont je ne ver­rai le bout que vers la Noël. Bê­te­ment, ou plu­tôt par pré­ten­tion, je me suis ima­giné que parce que j’étais au bou­lot seule­ment la moi­tié du temps, je de­vais consa­crer l’autre moi­tié à sau­ver le monde.

Comme tous les per­ma­cul­teurs, j’ai une liste longue comme la jambe de choses à faire au jar­din. Comme tous les au­to­cons­truc­teurs, j’ai plu­sieurs an­nées de re­tard sur mon chan­tier. Comme la plu­part des blo­gueurs, j’ai des di­zaines d’articles in­ache­vés et la pres­sion de pu­blier le pro­chain avant que les lec­teurs me croient mort. Comme tous les mi­li­tants as­so­cia­tifs de la tran­si­tion, j’ai des di­zaines d’initiatives sur le feu toutes plus sa­lu­taires les unes que les autres. Ajou­tez à cela les af­faires do­mes­tiques cou­rantes, deux jeunes en­fants, et le sou­tien à l’activité de mon épouse. Et pour cou­ron­ner le tout un pro­jet de livre sur la per­ma­cul­ture au­quel je col­la­bore en tant que tra­duc­teur et ty­po­graphe, et dont je vous re­par­le­rai dès qu’on an­non­cera les pré-ventes. Et vous com­pre­nez qu’en l’espèce, ma pré­ten­due sim­pli­cité vo­lon­taire n’a de simple que le nom.

La sim­pli­cité vo­lon­taire, ce n’est donc pas seule­ment une so­briété de nos am­bi­tions ma­té­rielles ; c’est aussi une forme d’humilité dans l’action pour réel­le­ment chan­ger de rythme. Ce n’est pas moi qui sau­ve­rai le monde — donc ce n’est peut-être pas la peine d’y lais­ser ma santé.

PS : Ca veut dire le­ver le pied sur cer­tains pro­jets comme la tra­duc­tion de bou­quins de per­ma­cul­ture, et me re­cen­trer sur mon site, qui ser­vira peut-être à faire naître d’autres vo­ca­tions, jusqu’à que le nombre d’apprentis-permaculteurs en France mo­tive les édi­teurs à faire ap­pel à des professionnel(le)s pour tra­duire ces livres dont nous avons grand besoin.