L’autonomie alimentaire revisitée

J’avais tra­duit il y a long­temps un ar­ticle de Toby He­men­way qui fai­sait es­sen­tiel­le­ment l’analyse que l’alimentation n’est peut-être pas le sys­tème qui sera le plus tou­ché par les crises éner­gé­tiques et cli­ma­tiques. J’en re­mets une couche en di­sant que la re­cherche de l’autonomie ali­men­taire au ni­veau in­di­vi­duel est peut-être une distraction.

Pen­dant plu­sieurs an­nées, je me suis ef­forcé de pro­duire à man­ger au jar­din. Ja­mais je n’ai réussi à faire une dif­fé­rence vi­sible dans nos achats de nour­ri­ture. J’ai ra­pi­de­ment com­pris que si je vou­lais réel­le­ment faire pous­ser à man­ger pour ma fa­mille, il fal­lait que je consi­dère le jar­din au même ni­veau de sé­rieux qu’un vrai job. Per­ma­cul­ture ou pas.

Par des­sus ça, il y avait des ma­raî­chers qui s’installaient en bio au­tour de nous. En vertu du prin­cipe de faire vivre l’économie lo­cale et une forme de pro­duc­tion agri­cole plus res­pec­tueuse des éco­sys­tèmes, il nous ap­pa­rais­sait évident qu’il ne ser­vait pas à grand-chose de faire nos to­mates ou nos courgettes.

Et même faire notre pain ou nos œufs, ça de­ve­nait contre-productif quand un bou­lan­ger bio ve­nait de s’installer sur la com­mune (et que son pain était bien meilleur que le mien) ; quand l’amap du coin pro­po­sait des œufs, etc.

Car le temps qu’on passe à faire pous­ser sa nour­ri­ture, on ne le passe pas à autre chose. Et quand c’est pas notre mé­tier, quand on n’est pas bien équipé ou quand on n’a pas vrai­ment le temps de s’en oc­cu­per comme il faut ; ou bien juste quand on n’est pas su­per au point sur les choix des va­rié­tés, les se­mis, et tout ce qui fait qu’on ne s’improvise pas ma­raî­cher ; et bien c’est du temps pas su­per ef­fi­cace et qu’on pour­rait pas­ser à autre chose : il pro­fi­te­rait da­van­tage à soi, et aussi aux autres, mine de rien.

Alors bien sûr, si on adore jar­di­ner, il ne faut pas se pri­ver de ce plai­sir sous pré­texte qu’on n’y est pas ef­fi­cace. Mais l’objectif cesse d’être un be­soin d’autonomie ali­men­taire — c’est juste un be­soin d’être au contact de la terre et des plantes. Mais s’il y a autre chose qu’on pré­fère faire et qui peut par­ti­ci­per au vaste tissu per­ma­cul­tu­rel (qui rappelons-le, va au-delà des éco­sys­tèmes na­tu­rels et s’étend aussi aux tis­sus de re­la­tions hu­maines, y com­pris éco­no­miques), alors il vaut mieux s’y consa­crer et lais­ser le jar­din à ceux qui en vivent, pourvu qu’ils le fassent à une échelle et avec des pra­tiques qui ré­parent plu­tôt qu’elles détruisent.

Et par exemple, le temps que je consa­crais au jar­din s’est en grande par­tie re­porté sur le blog d’abord (à l’époque), puis sur mon im­pli­ca­tion dans le cadre de Na­ture & Pro­grès.