7 idées open-source pour la transition

La fin de la série des 7 idées, version web 2.0

Des graines de monnaie-du-pape (lunaria) dans un sachet pr la poste

Voici le der­nier épi­sode de la sé­rie sur les 7 idées pour la tran­si­tion. Celui-ci est consa­cré à la par­tie plus in­for­ma­tique de la tran­si­tion. Quoi qu’en disent cer­tains, l’internet est un ou­til cen­tral dans la tran­si­tion éner­gé­tique. Je me de­mande même si l’internet n’est pas l’un des fac­teurs es­sen­tiels ayant conduit à l’émergence de la tran­si­tion. Je re­vien­drai sur la ré­vo­lu­tion que consti­tue l’internet (de type open-source et web 2.0) dans les rap­ports que l’humanité en­tre­tient avec l’information et la prise de dé­ci­sion, et l’importance que ça re­vêt pour créer de la ré­si­lience en per­met­tant de dé­cen­tra­li­ser le monde. Pour l’heure, contentons-nous d’énumérer quelques idées qui pour­raient bé­né­fi­cier d’une col­la­bo­ra­tion open-source et de quelques com­pé­tence informatiques.

Echange de se­mences peer-to-peer

Connaissez-vous book­mooch ? C’est un sys­tème d’échange de livres sur in­ter­net dans le­quel chaque par­ti­ci­pant fait la liste des livres qu’il veut bien don­ner, la liste des livres qu’il vou­drait re­ce­voir, et le sys­tème or­ga­nise la ro­ta­tion des livres : cha­cun se charge des frais d’envoi aux des­ti­na­taires des livres que le ser­veur aura dé­si­gnés comme heu­reux ré­ci­pien­daires de ses dons, tan­dis qu’il re­çoit gra­tui­te­ment des livres de sa liste de sou­haits, ex­pé­diés par d’autres par­ti­ci­pants. La comp­ta­bi­lité est as­sez simple, puisque 1 livre ex­pé­dié donne droit à 1 livre reçu.

La tech­no­lo­gie pour­rait être ri­gou­reu­se­ment la même pour les échanges de se­mences an­ciennes : cha­cun en­ver­rait à ses frais des sa­chets de graines et en re­ce­vrait d’autres gra­tui­te­ment. Il y a en plus trois avan­tages ma­jeurs des graines sur les livres : la li­vrai­son est moins chère, il y a pro­ba­ble­ment moins de ré­fé­rences à gé­rer, et les graines se multiplient.

Avec un tel sys­tème, il se­rait par­fai­te­ment en­vi­sa­geable que des par­ti­cu­liers aux quatre coins de la France (voire du monde) puissent en­tre­te­nir la bio­di­ver­sité et la ri­chesse des va­rié­tés po­ta­gères : une sorte de conser­va­toire dis­tri­bué, vi­vant, et nour­ri­cier, aux an­ti­podes des banques de graines cen­tra­li­sées, conge­lées et pro­ba­ble­ment stériles.

Sys­tème de lo­gis­tique distribuée

Avec le dé­clin pro­gres­sif des éner­gies fos­siles, le prix du trans­port aug­men­tera mé­ca­ni­que­ment. Le trans­port sur les longues dis­tances pourra tou­jours bé­né­fi­cier de grosses éco­no­mies d’échelles et de moyens de trans­port éco­nomes (ba­teau, train), mais le trans­port jusqu’au client fi­nal se fait gé­né­ra­le­ment par voi­ture ou camionnette.

Pour les pe­tits co­lis, c’est la Poste qui est le plus ef­fi­cace, avec ses tour­nées qui des­servent ab­so­lu­ment tout le monde, mais elle se­rait bien en peine de dis­tri­buer des mar­chan­dises plus vo­lu­mi­neuses ou plus lourdes, par exemple vos courses, et c’est là qu’il faut uti­li­ser autre chose.

L’idée de s’appuyer sur les consom­ma­teurs eux-même pour la li­vrai­son, les grandes sur­faces la mettent en pra­tique tous les jours : cha­cun va faire ses courses au su­per­mar­ché, qui n’est fi­na­le­ment qu’en vaste en­tre­pôt co­loré, as­semble soi-même sa com­mande et réa­lise sa propre li­vrai­son. C’est as­sez idiot en termes d’efficacité éner­gé­tique, à moins qu’on ar­rive à faire les courses pour ses voisins.

C’est en par­ti­cu­lier en tra­vaillant sur la lo­gis­tique des AMAPs et des grou­pe­ment d’achats qu’on peut cher­cher à op­ti­mi­ser un ré­seau lo­gis­tique s’appuyant uni­que­ment sur les al­lées et ve­nues des particuliers-consommateurs. En es­sayant de pro­fi­ter au maxi­mum des dé­pla­ce­mennts que les gens font de toute fa­çon (tra­vail, école, mar­ché, etc.), ce ré­seau lo­gis­tique pour­rait être par­ti­cu­liè­re­ment ef­fi­cace en éner­gie et en coût (mais pro­ba­ble­ment pas en temps). Un atout ma­jeur de ce sys­tème, c’est que les par­ti­cu­liers ont na­tu­rel­le­ment ten­dance à al­ler tra­vailler dans les lieux de pro­duc­tion et les lieux ur­bains, et à ha­bi­ter dans les quar­tiers ré­si­den­tiels et les zones ru­rales. Il sont donc par construc­tion des li­vreurs idéaux.

Le nombre d’acteurs étant par­ti­cu­liè­re­ment grand, avec des contraintes per­son­nelles par­ti­cu­liè­re­ment dis­pa­rates, la ges­tion cen­tra­li­sée d’un tel ré­seau se­rait illu­soire. En re­vanche la ges­tion dis­tri­buée as­sis­tée par in­ter­net et par té­lé­pho­nie mo­bile pour­rait avoir du sens. Je n’ai pas en­core raf­finé les dé­tails, mais on pour­rait ima­gi­ner que chaque par­ti­ci­pant pré­cise sur un ser­veur ses ha­bi­tudes de tra­jets, que les par­ti­ci­pants au ni­veau lo­cal dé­fi­nissent quelques points de re­dis­tri­bu­tion un peu cen­traux et sé­cu­ri­sables (la gare, l’école, le mar­ché, le café, la mai­rie) à la ma­nière des points Kiala. La ma­chine op­ti­mi­se­rait en­suite les par­cours des co­lis à ache­mi­ner en en­voyant des alertes cour­riel ou SMS aux par­ti­ci­pants sol­li­ci­tés. Un par­ti­ci­pant pren­drait le co­lis au point spé­ci­fié, le scan­ne­rait avec son té­lé­phone mo­bile (juste une photo du code barres), et l’emmènerait à un autre point spé­ci­fié. A chaque tra­jet, le par­ti­ci­pant ga­gne­rait des points, ce qui pour­rait soit lui va­loir des li­vrai­sons gra­tuites pour ses co­lis, soit éven­tuel­le­ment une in­dem­ni­sa­tion en na­ture (es­sence, pneus). S’il s’agit de pro­duits non-périssables, on peut s’appuyer in­té­gra­le­ment sur les allées-venues ha­bi­tuelles des gens, ce qui fe­rait un coût de trans­port quasi-nul et po­se­rait peu de ques­tions au ni­veau des as­su­rances. Pour les pro­duits pé­ris­sables tels que les pa­niers de fruits et lé­gumes des AMAPs, il fau­drait peut-être que le pro­duc­teur ou un adhé­rent se charge d’effectuer un tra­jet spé­ci­fique pour le pre­mier tron­çon de la livraison.

Qu’il soit mis en oeuvre par une en­tre­prise ou une as­so­cia­tion, ce prin­cipe pour­rait se fi­nan­cer de plu­sieurs ma­nières : soit l’essence est vrai­ment chère, au­quel cas ce sera pro­ba­ble­ment le mode de li­vrai­son le moins cher, ce qui rend son suc­cès com­mer­cial iné­luc­table ; soit l’essence n’est pas en­core suf­fi­sam­ment chère, au­quel cas il fau­drait plu­tôt fi­nan­cer l’opération en ven­dant des cré­dits car­bone (ou par un autre mé­ca­nisme qui ré­com­pense la so­briété éner­gé­tique), puisqu’on sau­rait as­sez fa­ci­le­ment chif­frer l’économie de car­bone occasionnée.

Re­cherche agro­no­mique distribuée-coordonnée

J’ai déjà men­tionné dans un pré­cé­dent ar­ticle qu’il ne suf­fit pas d’imiter la na­ture pour qu’une concep­tion per­ma­cul­tu­relle soit au point du pre­mier coup. L’évolution a mis des mil­lions d’années pour mettre au point les éco­sys­tèmes ré­si­lients et pro­duc­tifs que nous ob­ser­vons au­tour de nous ; il semble nor­mal qu’il faille au moins quelques an­nées voire quelques dé­cen­nies de tâ­ton­ne­ments pour qu’une concep­tion per­ma­cul­tu­relle porte vrai­ment ses fruits. Comme chaque jar­din est dif­fé­rent et chaque jar­di­nier a ses propres contraintes, on ne peut pas s’appuyer sur des re­cettes toutes faites dé­ve­lop­pées par un Ins­ti­tut Na­tio­nal de la Re­cherche en Per­ma­cul­ture, et cha­cun doit s’y coller.

Cela dit, rien n’empêche de mettre en com­mun les réus­sites et les dé­boires — c’est d’ailleurs l’un des ob­jec­tifs de ce site. Charge à cha­cun d’interpréter les ex­pé­riences des uns et des autres et d’en adap­ter les en­sei­gne­ments à son jar­din. Il manque pro­ba­ble­ment aux per­ma­cul­teurs fran­co­phones un ou plu­sieurs fo­rums pra­tiques cal­qués sur le fo­rum des agri­cool­teurs, consa­cré au non-labour et aux tech­niques cultu­rales sim­pli­fiées en grande culture.

Mais on peut al­ler en­core plus loin, quand il s’agit d’expérimentations au long cours qui se­raient trop lourdes ou trop longues pour une seule per­sonne. On pour­rait col­lec­ti­ve­ment pro­po­ser des pro­to­coles ex­pé­ri­men­taux sur des su­jets d’intérêt large, et cha­cun s’emparerait d’un bout du su­jet pour mettre en oeuvre une ex­pé­ri­men­ta­tion dans son jar­din et en­suite mettre en com­mun les observations.

Pre­nons un exemple concret : le pro­blème des li­maces est un su­jet cen­tral dans les tech­niques de non-labour et de culture sur butte au­to­fer­tile avec paillage épais et per­ma­nent. L’une des so­lu­tions pro­po­sées en per­ma­cul­ture consiste à en­tre­te­nir des po­pu­la­tions de pré­da­teurs (ca­rabes, hé­ris­sons, cra­pauds) en main­te­nant un ha­bi­tat adapté dans le jar­din : haies, tas de bois, mu­rets en pierres sèches, etc. On pour­rait ima­gi­ner d’établir une mé­tho­do­lo­gie de comp­tage des li­maces et des pré­da­teurs, ainsi qu’une mé­tho­do­lo­gie d’observation des éven­tuels dé­gâts cau­sés par les gas­té­ro­podes, et que cha­cun mène des ob­ser­va­tions dans son jar­din sur quelques an­nées, en no­tant la pré­sence d’habitats, la mé­téo, les cultures af­fec­tées, etc. On met en­suite en com­mun la masse de don­nées ac­cu­mu­lées, et cha­cun peut tâ­cher de mettre en évi­dence des cor­ré­la­tions et éven­tuel­le­ment des re­com­man­da­tions quant à l’efficacité re­la­tive des dif­fé­rentes ap­proches se­lon le cli­mat, le ter­rain, etc. D’ailleurs, si de vrais agro­nomes veulent nous don­ner un coup de main pour mettre tout ça en forme et co­si­gner une pu­bli­ca­tion — consul­table par tout le monde, bien en­tendu — ils se­ront les bienvenus.

Uni­ver­sité podcast

L’une des pré­oc­cu­pa­tions ma­jeures des ini­tia­tives de tran­si­tion, c’est celle de l’inadéquation entre nos com­pé­tences ac­tuelles (for­ma­tion aca­dé­mique in­tel­lec­tuelle, em­plois de bu­reau) et les be­soins fu­turs d’une so­ciété en dé­crois­sance éner­gé­tique qui de­vra re­non­cer aux ma­chines dans de nom­breux do­maines. Rob Hop­kins ap­pelle à une ‘grande re­con­ver­sion’ (the great re­skilling) pour que cha­cun ac­quière des com­pé­tences ar­ti­sa­nales concrètes pour aug­men­ter la ré­si­lience des col­lec­ti­vi­tés. Cette grande re­con­ver­sion re­pré­sente un lourd in­ves­tis­se­ment en temps, or nous man­que­rons jus­te­ment de temps s’il nous faut nous re­mettre à faire à la main de nom­breuses tâches pré­cé­dem­ment mé­ca­ni­sées. Pre­nons l’exemple de l’agriculture : s’il faut re­ve­nir à une pro­por­tion de 20 ou 30% de pay­sans, il faut pou­voir for­mer des pay­sans à tour de bras. Mais on n’aura pas les res­sources pour que 20% des gens passent quelques an­nées dans un am­phi, ni même les res­sources pour avoir as­sez d’enseignants pour ces co­hortes d’aspirants paysans.

Contrai­re­ment aux ini­tia­tives ac­tuelles qui gé­né­ra­lisent la mise en ligne des am­phis ou des tu­to­riels en vi­déo sur you­tube, l’idée d’une uni­ve­risté agri­cole en pod­cast, c’est qu’on peut être à la fois aux champs et en am­phi — c’est l’intérêt des tâches ma­nuelles non-mécanisées que de li­bé­rer une par­tie de l’esprit et des oreilles pour s’informer ou se for­mer en même temps. Le sup­port au­dio est idéal par rap­port à la vi­déo, puisqu’il ne né­ces­site que très peu d’infrastructures et de res­sources. Ainsi, sur le même mo­dèle que le site des ar­chives de l’émission Terre à Terre qui dif­fuse des cen­taines d’heures de sa­gesse éco­lo­gique, on pour­rait ras­sem­bler les res­sources au­dio pour qu’avec un simple lec­teur mp3 à 100€ et un ac­cès in­ter­net chez le voi­sin, chaque ap­prenti pay­san puisse se for­mer tout en tra­vaillant son jar­din. Si on est li­mité en dé­bit, on peut même dé­ci­der de dif­fu­ser non pas des en­re­gis­tre­ments au­dio mais des ou­vrages tex­tuels, la syn­thèse vo­cale texte → mp3 s’effectuant du côté client et non pas du côté serveur.

La for­ma­tion au­dio se­rait aussi par­fai­te­ment adap­tée à un monde où les trans­ports se­raient plus lents : s’il me faut deux heures de marche, de vélo ou de trans­ports en com­mun pour al­ler au tra­vail au lieu de 20 mi­nutes en voi­ture, je peux suivre 800 heures d’enseignement par an pour un coût col­lec­tif dé­fiant toute concur­rence, et ainsi per­mettre la grande re­con­ver­sion sans qu’il faille at­tendre un grand plan d’urgence na­tio­nal qui ne vien­dra sans doute jamais.

En­sei­gne­ment à dis­tance Open-Source

Conti­nuons dans la veine de l’enseignement. Quand on voit que l’enseignement dis­pensé par l’Education Na­tio­nale est de plus en plus in­adapté aux en­jeux de la tran­si­tion, et que l’institution elle-même n’est pro­ba­ble­ment pas très ré­si­liente en cas de crise ma­jeure et pro­lon­gée, on est tenté comme un nombre crois­sant de pa­rents de ne pas sco­la­ri­ser ses en­fants et d’assurer l’enseignement à la mai­son. Outre la re­pro­duc­tion des pré­ju­gés cultu­rels, le risque que j’y vois c’est que les pa­rents se li­mitent aux en­sei­gne­ments qu’ils maî­trisent. Mais si les pa­rents met­taient en com­mun leurs ‘pro­grammes’, leurs ac­ti­vi­tés de dé­cou­verte, leurs res­sources do­cu­men­taires, leurs su­jets de cu­rio­sité etc. on dis­po­se­rait d’une ou­ver­ture et d’une ri­chesse que ja­mais l’enseignement aca­dé­mique cen­tra­lisé ne pour­rait at­teindre, et au­cun en­fant ne se­rait bridé dans son ap­pren­tis­sage par les éven­tuelles dif­fi­cul­tés des pa­rents sur tel ou tel sujet.

Tech­no­lo­gie ap­pro­priée Open-Source

Pour un monde re­lo­ca­lisé où l’activité pro­duc­tive dé-mondialisée se fait à plus pe­tite échelle, il nous fau­dra toute une gamme d’outils tech­no­lo­giques nou­veaux. Les nou­veaux ou­tils et les nou­velles ma­chines doivent être moins gros que les ma­chines d’usine, consom­mer moins d’énergie (et éven­tuel­le­ment plus d’huile de coude), et être moins so­phis­ti­qués pour per­mettre d’être construits et main­te­nus lo­ca­le­ment avec les res­sources ma­té­rielles et tech­niques du lieu. Cette gamme in­ter­mé­diaire, c’est ce qu’on ap­pelle la tech­no­lo­gie ap­pro­priée : de­puis l’après-guerre, c’est sur­tout dans le cadre d’initiatives de dé­ve­lop­pe­ment pour les pays du Sud que quelques in­gé­nieurs sans fron­tières conçoivent et mettent au point des ma­té­riels moins com­plexes et à échelle familiale.

Ce qu’on voit ap­pa­raître grâce à la dif­fu­sion de l’internet dans les pays du Sud, c’est un foi­son­ne­ment des tech­niques et des ou­tils en tech­no­lo­gie ap­pro­priée, non pas conçus et mis au point par des in­gé­nieurs oc­ci­den­taux, mais par des in­gé­nieurs lo­caux, voire des vil­la­geois in­gé­nieux. Et ces concepts font ra­pi­de­ment le tour de la toile, avec cha­cun qui les amé­liore ou les adapte à ses contraintes ou ses res­sources lo­cales : foyers ro­cket, fours so­laires, chauffe-eau so­laires, mou­lins, bot­teuses, dé­cor­ti­queuses, se­moirs, at­te­lages, pompes, éo­liennes, etc.

A l’instar du dé­ve­lop­pe­ment col­la­bo­ra­tif d’outils in­for­ma­tiques grâce à des col­la­bo­ra­tions bé­né­voles entre in­for­ma­ti­ciens du monde en­tier, je suis per­suadé que le mo­dèle Open-Source est le cadre idéal pour la concep­tion et la mise au point des ou­tils en tech­no­lo­gie ap­pro­priée dont nous au­rons bien­tôt besoin.

In­ter­net très-bas-débit

Pour toutes les idées men­tion­nées ici, l’internet est un ou­til cen­tral. Mal­heu­reu­se­ment, on lit par­tout que l’internet re­pré­sente une part de plus en plus im­por­tante de notre consom­ma­tion d’énergie et des émis­sions de gaz à ef­fet de serre. Si l’on tire le fil de ce constat, il faut en conclure que dans un monde de des­cente éner­gé­tique il faut en­vi­sa­ger qu’on au­rait moins d’internet. Pour­tant, la pos­si­bi­lité de com­mu­ni­quer of­ferte par in­ter­net est à mon sens au coeur de notre ca­pa­cité à en­vi­sa­ger col­lec­ti­ve­ment la tran­si­tion. D’ailleurs je suis convaincu que la tran­si­tion est un pur pro­duit d’internet. Ainsi, je pense qu’il nous faut conce­voir une forme d’internet qui puisse fonc­tion­ner avec net­te­ment moins de moyens, et avec des res­sources élec­triques in­ter­mit­tentes, pour à terme n’exiger que de l’électricité re­nou­ve­lable pro­duite de fa­çon dis­tri­buée aux dif­fé­rents noeuds du réseau.

En très gros, la puis­sance consom­mée par un ré­seau de com­mu­ni­ca­tion, c’est pro­por­tion­nel au dé­bit d’information. Et la puis­sance consom­mée par une ferme de ser­veurs, c’est pro­por­tion­nel au vo­lume de don­nées sto­ckées et au dé­bit. Et la puis­sance consom­mée par un or­di­na­teur per­son­nel, c’est pro­por­tion­nel à la puis­sance de cal­cul mise en jeu, donc au dé­bit d’information.

Qu’est-ce qui gé­nère du vo­lume et du dé­bit sur in­ter­net ? Le mul­ti­mé­dia. Une mi­nute d’audio, c’est 100 fois plus lourd qu’une page de texte, et une mi­nute de vi­déo, c’est 50 fois plus lourd que l’audio. Ainsi, si l’on re­vient au bon vieux texte et aux des­sins et ani­ma­tions en for­mat vec­to­riel, on éco­no­mise un fac­teur 5000. Il fau­drait pro­ba­ble­ment re­non­cer à You­tube et à la vi­déo à la de­mande, mais on gar­de­rait wi­ki­pé­dia, les blogs, le mail, même en re­ve­nant à des dé­bits de 56 kbps.

Et pour se pas­ser des fermes de ser­veurs, il fau­drait gé­né­ra­li­ser le sto­ckage peer-to-peer (cha­cun hé­ber­ge­rait un bout de wi­ki­pé­dia sur son or­di­na­teur) et in­ven­ter un mo­teur de re­cherche peer-to-peer dis­tri­bué. Avis aux dé­ve­lop­peurs fous [note : ap­pa­rem­ment, il y a quelques bal­bu­tie­ments in­té­res­sants].

Note fi­nale

Comme pour toutes les idées de la sé­rie, le but est qu’elles se dif­fusent pour que l’une ou l’autre ait la chance de ren­con­trer ce­lui ou celle qui aura l’inspiration et la mo­ti­va­tion de lui faire voir le jour : n’hésitez pas à vous em­pa­rer de ce qui vous semble per­ti­nent et à le re­prendre à votre compte.

Dans la sé­rie des “7 idées”, on trou­vera aussi :